Press Book d'un étudiant-journaliste
Reportage réalisé en novembre 2009 dans les locaux de l'association T07, à Toulouse, à l'occasion de la rédaction de "Trajectoires", le journal-école de l'EJT.
Publié le 10 décembre 2009 sur ActuToulouse.fr:
http://www.actutoulouse.fr/20091210575/actualite-toulouse/societe/qtu-peux-mapprendre-le-francais-sil-vous-plait-q.html

L’association TO7 accueille des personnes d’origine étrangère pour des cours d’alphabétisation. Parmi elles, des élèves qui rêvent d’obtenir, un jour, la nationalité française.
Cela ressemble à une maison de quartier. Postée à la Reynerie, un quartier populaire au sud de Toulouse, l’association TO7 est d’abord un lieu d’accueil, où l’on vient volontiers se faire offrir un café ou confier ses tracas du quotidien. C’est aussi un carrefour des cultures et des religions. Les photos prises sur tous les continents et qui tapissent les murs sont là pour le rappeler. Mais c’est également un lieu de savoirs.
Mardi, 14 heures, le cours d’alphabétisation commence. L’assistance a entre la vingtaine et la soixantaine. Blacks, Blancs, Beurs, Asiatiques, tous affichent présents pour se perfectionner dans une langue qu’ils peinent à maîtriser. « Tu peux me prêter un crayon, s’il vous plaît ? », demande Carmen, l'espagnole, à Oznoük, la turque. Mais la volonté est là. Bien sûr, il en faut peu pour reprendre ses habitudes et s’exprimer dans son dialecte maternel. Mais ils ne perdent pas de vue qu’ils sont à TO7 pour progresser en français, et avancer dans la nouvelle vie qu’ils sont venus conquérir en France. Une terre qu’Oznoük appelle « le pays des libertés, notamment pour les femmes ».
Mamadou fréquente régulièrement l’association. Il a 39 ans. En 2001, il a fui le Mali, la ferme familiale et les difficultés du quotidien, pour gagner l’eldorado qu’il admire à travers son écran de télé. « Là-bas, on connaît la France grâce à l’équipe de foot. Elle fait rêver », dit-il avec un sourire qu’il n’abandonne jamais.
« Amoureux de la France »
S’ensuivent sept années de clandestinité, estampillées « sans-papiers ». « Je vivais de petits boulots non déclarés. C’était dur. » Dur, au point d’être menacé d’expulsion. « J’ai été emmené jusqu’à Roissy. Pas mal de potes ont été renvoyés. Mais moi, j’ai eu un peu de chance. On m’a laissé tranquille et j’ai été relâché », plaisante-il dans un verbe encore hésitant.
Depuis son mariage avec une Française et son arrivée en Midi-Pyrénées, il ne compte plus les visites à la préfecture pour renouveler les demandes de cartes de séjour : « Chaque fois que j’y vais, on me dit qu’il manque ceci ou cela dans mon dossier. » Mamadou compte bien mettre un point final à cette galère qui le hante depuis huit ans. « Le débat actuel sur l’identité nationale me fait un peu peur. Je sais ce que ça veut dire, être Français, avec tout le chemin que j’ai parcouru ici, avec mon mariage… Je suis devenu amoureux du pays et la naturalisation améliorerait ma situation professionnelle. » Pour cela, il doit encore élever son niveau linguistique grâce à l’intervention de TO7, qui pourrait lui permettre d’atteindre son rêve. « Je veux travailler à mon compte et ouvrir mon petit restaurant de cuisine africaine à Toulouse. Si les choses tournent bien… »